Paul et son pneumatique au parc de VR Sunshine Key !

Cela se passait à l’hiver 2012. Comme souvent, en cette période de l’année, il nous plaisait de goûter au dépaysement qu’offre le sud de la Floride, surtout les Keys. Notre autocaravane de l’époque, « Mamouth », comme nous nous plaisions à la nommer à cause de son gabarit de 12 mètres disposait d’énormes soutes accordant toute la latitude nécessaire pour y placer bagages, accessoires et jouets.

Inspiré par toute par cette belle étendue d’eau qui nous entourait, l’idée me vint qu’avoir un petit bateau ajouterait une touche spéciale à l’exotisme des lieux. À vrai dire, cette idée me trottait dans la tête depuis quelque temps déjà. Dans les semaines précédentes, j’avais passablement navigué — un mot on ne peut plus à propos — sur l’internet afin de trouver un bateau qui comblerait nos besoins tout en pouvant se ranger dans nos soutes.

Notre camping du moment, le Sunshine Key, à Big Pine Key, incarnait à la perfection le concept d’un camping, une île. Il était en effet la seule ressource sur l’Ohio Key, troisième en direction sud-ouest après le Seven Mile Bridge. Cette île des « Lower Keys » présentait donc l’occasion idéale pour réaliser ce rêve ou ce caprice, appelez-le comme vous voulez.

Mon choix arrêté et la commande passée, trois jours plus tard, Fedex ou UPS, j’ai oublié lequel, livrait deux boites contenant le vaisseau. J’avais opté pour un catamaran gonflable qui pouvait facilement s’assembler et se démonter pour être rangé. D’accord, le mot « facilement » n’était pas le mot vraiment adéquat pour désigner la première fois où je l’assemblai. Il me fallut une longue journée avant de voir toutes les pièces en place et le bateau prêt à prendre la mer. Épuisé d’avoir travaillé sous un soleil de plomb, je décidai de reporter la mise à l’eau au lendemain.

Pour l’occasion, Michelle et moi avions invité un couple d’amis séjournant dans les Keys pour l’hiver à venir partager avec nous cette expérience exceptionnelle. Lui, capitaine au long cours, avait passablement bourlingué et possédait l’expérience d’avoir traversé l’Atlantique à maintes reprises sur des voiliers nettement plus impressionnants que mon esquif. Celui-ci mesurait 4,26 mètres de la proue au gouvernail alors que son le mat démontable en trois sections s’élevait à seulement 5,5 mètres.

Rompu à la procédure traditionnelle en cas de première mise à l’eau, notre ami n’avait pas lésiné sur la qualité de la bouteille de champagne qu’il avait apportée. De bonne guerre, il accepta toutefois une légère entorse au protocole. Chacun de nos essais pour baptiser le minuscule voilier se soldait par un échec, la bouteille rebondissant sur les deux flotteurs pneumatiques à basse pression servant de coque. Plutôt que de s’entêter à casser une si bonne bouteille, l’ouvrir et la boire nous sembla beaucoup plus approprié, ce que nous fîmes avec plaisir.

Cette étape importante accomplie, nous pouvions donc passer à la mise à l’eau. Très léger, il fut facile de glisser le catamaran sur le sable pour l’amener au rivage. Même s’il était petit, sa grande flottabilité permettait d’y monter à quatre, assis sur des sièges amovibles et pivotants comme ceux que l’on trouve dans les chaloupes à moteur destinées à la pêche sportive.

Une des particularités des Keys, qui donne à la mer sa couleur vert émeraude, vient du fait que l’eau y très peu profonde. Ça et là, de fréquentes taches brunes indiquent la présence de hauts fonds sablonneux située souvent à moins de 30 cm de la surface. Il faut donc marcher loin du rivage pour espérer avoir de l’eau jusqu’à la ceinture.

Dans de telles conditions, impossible de descendre les dérives sans labourer le sable. À cause de ce problème, le vent, pourtant à peine présent, faisait dériver le catamaran de côté plutôt que de le faire avancer. Il fallut tout le savoir-faire de notre ami capitaine pour, après 45 minutes d’efforts, ramener au rivage son équipage sain et sauf. Avant même d’avoir vraiment commencé, notre journée de navigation venait de prendre fin. Tout penaud, tel un marin d’eau douce, je consacrai le reste de l’après-midi à noyer cet échec en compagnie de nos amis. Le lendemain matin, je démontai le voilier le rangeai dans les soutes.

Par la suite, il m’est arrivé à quelques reprises de le réassembler pour l’utiliser sur des plans d’eau mieux adaptés à ce genre de bateau. Chaque fois cependant, je faisais le même constat. Ce catamaran ne pouvait monter au vent et son comportement, loin d’être sportif, s’avérait plus frustrant que jouissif. Un an plus tard, je m’en départissais avec satisfaction. Depuis, à défaut de faire de la voile, nous pédalons sur nos vélos, notamment dans les Keys où, longeant l’Overseas Highway, se trouvent de longues et magnifiques pistes cyclables.

~ Paul Laquerre

Paul Laquerre sur le chemin des Florida Keys !

Après avoir défoncé l’année avec des amis à Davie, un peu au nord de Miami, en fin d’avant midi, dimanche, nous reprenions la route en direction des Keys. Un peu fatigué d’avoir veillé tard pour écouter le Bye-bye à la télé, il nous apparaissait agréable de mettre la boussole vers le sud pour retrouver le rythme de vie tranquille des insulaires. Mais, nous avions oublié de tenir compte que nous étions le 1er janvier et que lendemain était jour de congé pour plusieurs !

Les familiers de la route qui mène de Florida City à Key West savent combien celle-ci, la seule qui mène d’une île à l’autre, peut être encombrée, surtout lors de longs week-ends. Il nous fallut donc très peu de temps pour réaliser que nous n’étions pas les seuls à s’y aventurer et que la patience serait de mise. Roulant à la queue leu leu, on aurait dit que les toutes les autos étaient reliées par un élastique s’étirant et contractant sans arrêt. Un coup de frein suivait immanquablement la moindre pression sur l’accélérateur. Bref, le trajet dura au moins une heure et demie de plus que le temps annoncé au départ par notre GPS.

À notre arrivée, au Fiesta Key RV Resort, les terrains disponibles étaient rares. Heureusement qu’un emplacement nous était réservé. Vers 17 h 30, nous étions enfin installés et prêts à relaxer. À ce moment, le soleil se préparait à plonger dans l’eau où nous serions bien allés le rejoindre, n’eut été que nous étions épuisés. Même préparer le souper nous semblait une corvée.

Le préposé à l’accueil qui nous avait reçus avait bien mentionné la présence d’un restaurant directement sur le terrain. Selon ses dires, la cuisine y était excellente. En l’écoutant faire la promotion du casse-croûte du coin, j’avoue avoir pensé que nous n’avions probablement pas les mêmes goûts. Souvent la gastronomie des restaurants de camping se limite à des frites graisseuses et de vulgaires hot dogs et hamburgers. Mais comme nous étions dans les Keys, pays de fruits de mer, dans un geste poli, j’avais quand même accepté, sans conviction, le menu tendu avec enthousiasme.

Ployant sous la chaleur et vidé de notre énergie après avoir installé et raccordé notre véhicule aux services, ni Michelle ni moi n’avions envie de sortir les chaudrons. Même nous demander ce que nous pourrions bien manger nous faisait suer davantage. En désespoir de cause, je jetai un coup d’œil au menu. Oh surprise, son contenu était plus élaboré que je ne l’avais imaginé. Assez en tout cas, pour nous décider d’aller jeter un coup d’œil aux lieux, histoire de soupeser l’ambiance et de voir comment nous y sentirions.

Il me fallut référer au plan du terrain pour localiser ce restaurant. Pourtant, en arrivant, j’avais passé juste devant sans même prendre conscience que la bicoque bleue sur ma gauche n’était pas une remise à outils, mais un restaurant. Dans les Keys, il arrive souvent que l’extérieur des restaurants ne paie pas de mine. Moi qui en suis à je ne sais plus combien de visite dans ces îles, comment avais-je pu oublier ce détail ? La chaleur et la fatigue m’avaient sans doute ramolli le cerveau.

Indécis, nous faisons le tour de la baraque. Derrière, donnant directement sur l’eau, une terrasse à fond de sable, parsemée de palmiers et de palapas couverts de feuilles brunes, se dressait devant nous alors que le soleil était en train de se noyer. Dans le sud, il faut à peine quelques minutes à la brunante pour se transformer en nuit. Des guirlandes de lumières accrochées entre les arbres projetaient juste assez de lumière sur le sable et l’eau pour complètement dépayser les Québécois que nous sommes. Nous étions conquis par cette atmosphère des mers du Sud alors qu’un sentiment de vacances nous envahissait. La magie opérait.

Mais ce n’était là que le début de ce que réservait le Lobster Crawl Bar and Grill. Barry avait raison, la cuisine y était excellente. Michelle commanda une pizza qu’elle trouva délicieuse, mais trop généreuse. Lorsque celle-ci arriva à la table, nous sûmes immédiatement qu’il aurait fallu être quatre pour en venir à bout. Offerte dans un seul format, 41 cm de diamètre, grâce aux petites boites de styromousse, elle vint garnir notre frigo pour au moins deux autres repas.

De mon côté, n’ayant pas l’âme à la pizza, j’optai plutôt pour le mahi-mahi portofino surmonté de grosses crevettes et baignant dans une sauce au homard avec petits légumes et d’un peu de riz. Malgré une cuisson prolongée qui avait un tantinet durci le poisson, les crevettes et la sauce homardine firent rapidement oublier ce petit impair. En fait, je ne sais pas ce qui avait été mis dans ce mets, mais lundi soir, Michelle a dû argumenter pour me convaincre de ne pas retourner manger la même chose.

Inutile de dire que le lendemain de ce festin, je suis retourné à l’office, présenter mes excuses à Barry pour avoir douté de son goût. J’ai aussi retenu de l’aventure qu’un jugement trop rapidement porté peut facilement nous enfermer dans un préjugé.

Crédit: Mr Paul Laquerre