Journée d’élection au Riverside RV resort d’Arcadia

Plutôt que de rester au pays à combattre la rigueur du temps froid, à subir les caprices de la météo et à rouler sur des routes aux conditions hasardeuses, les Québécois qui optent pour un hiver en camping, à la chaleur, dans le sud des États-Unis, profitent d’un avantage dont on ne parle pas assez souvent à mon avis : la socialisation. Rehaussée par la chaleur et la présence du soleil, la socialisation constitue sans doute le meilleur des antidotes à la déprime saisonnière.

On le sait, les personnes qui passent les mois d’hiver au Québec affichent une nette préférence à demeurer sagement à la maison. Cette habitude s’explique en grande partie par la différence du confort entre celui de la maison et la froidure qui règne à l’extérieur. Ajoutons à cela la courte durée de l’ensoleillement quotidien, une noirceur qui arrive trop tôt pour que toutes les conditions soient réunies afin de nous enlever le goût de sortir.

D’ailleurs, même le langage employé en témoigne de cet état d’esprit. Qui n’a pas employé l’expression « les longs mois d’hiver » pour désigner la période s’étalant de la fin-novembre à la mi-mars ? Pourtant ces mois ne sont pas plus longs que les autres mois de l’année, même que le plus court, février, en fait partie.

Cet hiver particulièrement, alors que, jusqu’à maintenant, j’ai eu l’occasion de séjourner dans une dizaine de campings différents, j’ai vraiment pris la mesure de ce phénomène et de ses effets. Partout où je me suis présenté, j’ai noté la présence d’une vie communautaire intense et diversifiée.

Parmi les facteurs expliquant la chaleur de cette socialisation, le plus important me semble la présence de plusieurs caravaniers de long séjour dans ces campings. Ces saisonniers, comme on les appelle, fréquentent souvent depuis plusieurs années le camping dans lequel ils ont établi leurs quartiers d’hiver. Ils s’y sentent chez eux et y ont développé un fort sentiment d’appartenance.

Conséquemment, puisqu’ils savent qu’il y demeureront des semaines, voire des mois, ils ont tendance à s’impliquer dans l’organisation d’activités de toutes sortes. Après tout, à la retraite, il faut bien occuper ses temps libres. Pour illustrer un des aspects de l’importance que revêtent les loisirs sur un terrain de camping, lors de ma présence au Toby’s RV Resort situé à Arcadia, il y quelques semaines, j’ai été témoin d’une journée d’élection.

Les résidents de ce terrain allaient voter pour élire les membres du comité de loisir pour l’année qui vient. Pourtant, à la mi-avril, tous les Québécois présents (environ 50 % de la population de ce camping) auront repris le chemin du retour pour la maison. Postuler à un poste au comité des loisirs pour l’année qui vient montre à quel point, la clientèle du Toby’s est constituée de personnes fidèles qui y reviennent année après année.

En plus des activités organisées, dans tous les terrains fréquentés cet hiver, j’ai été souvent témoin d’activités spontanées de socialisation. Ainsi, au Riverside RV Resort, un terrain magnifique, méconnu des Québécois qui s’est joint à la chaîne encore en octobre dernier, chaque après-midi, aux alentours de 16 h, il se trouvait un caravanier pour presser la poire d’une trompette à vélo fixée à l’échelle de la caravane à sellette voisine de mon VR. Immédiatement, les résidents du coin répondaient à l’appel et arrivaient apportant leur chaise, une consommation à la main, pour un 5 à 7 décontracté — dans ce cas-ci, l’expression 4 à 6 serait plus appropriée —. Tous les jours, entre 10 et 15 personnes provenant des véhicules limitrophes, y tenaient une conversation animée, joyeuse et ponctuée de nombreux éclats de rire.

Ce phénomène, je l’ai rencontré dans tous les campings qu’ils soient à majorité anglophone, à majorité francophone ou à population mixte. Souvent, d’ailleurs, des membres des deux communautés s’y retrouvaient pour fraterniser.
J’ai également noté que cette socialisation bon enfant favorisait l’intégration des visiteurs de court séjour dont la présence apportait aux résidents une touche de variété à leur rencontre quotidienne.

Il faut souligner qu’à l’opposé des caravaniers saisonniers qui, avec le temps, ont développé un fort sentiment d’appartenance à leur milieu, les visiteurs de court séjour ont plutôt tendance à considérer un terrain de camping comme un simple camp de base duquel ils partiront pour découvrir les attractions des environs.

Pour eux, s’intégrer dans un groupe déjà formé et très lié n’est pas une démarche qui va de soi. Il appartient donc aux saisonniers de leur tendre la main et de les inviter à participer à leurs réjouissances, ce qu’ils font d’ailleurs avec assez de facilité. Après tout, que l’on soit saisonniers ou voyageurs, nous sommes tous animés des mêmes passions : le plaisir du caravaning, la recherche du soleil et de la chaleur dans un décor de plein air décontracté et teinté de camaraderie.